Tuesday, April 17, 2012

Reportage: "Fukushima : comment le Japon abandonne peu à peu le nucléaire"

Voici mon reportage en pleine campagne présidentielle française: "Fukushima : comment le Japon abandonne peu à peu le nucléaire" et ce que m'a inspiré sur le Japon et la France le petit message sur Facebook que m'a envoyé mon ami journaliste Jacques Dufresne (ancien du journal Les Echos) a la suite de mon reportage sur RTL et RTL.fr a propos de la "dénucléarisation" par le Japon de ses centrales comme le disait dans le JP de 12:30 présenté par Laurent Bazin et Elizabeth Martichoux ma collègue de Paris qui "lançait" mon sujet.

"Jacques Dufresne: Merci Joël, tu es bien l'un des rares journalistes à donner ce genre d'info au public français, hélas..."

Etonné par cette phrase de Jacques, je lui réponds ici et expose quelques unes de mes préoccupations sur ce qui se passe dans le nucléaire nippon et dans la société Japonaise, suite a son commentaire.



"@ Jacques Dufresne, merci cher Jacques. Mais c'est parce que RTL est la meilleure station que j'en parle! Il est intéressant aussi de lire les commentaires sur la page du site RTL.fr. C'estvrai que cette façon japonaise de se passer du nucléaire concerne au plus haut point la politique intérieure française avec la proximité de la présidentielle. Mais cette couverture d'information sur la situation nucléaire vécue par la société japonaise et sur Fukushima c'est l'objet de reportages quasi quotidiens dans la presse anglo-saxonne, Angleterre, Etats Unis, Canada, Italie, Espagne, Allemagne, Hollande, en Asie, en Afrique, au Moyen Orient, en Israël, en Russie, Ukraine, Pays Baltes, Am Lat' car partout je lis des papiers sur le nucléaire et le post-tsunami au Japon.

A Fukushima, sur place, la situation est dangereuse, renforcée par les échecs du traitement contre la radioactivité, par de nouvelles découvertes sur l'ampleur de la radio-activité, par la contamination de la chaîne alimentaire, et le tout sur fond de "négationnisme écologique" du danger affiché par Tepco selon la formule "tout est normal". Sauf que les experts japonais disent qu'on ne peut pas vivre tout a fait normalement avec 53 microsievert / heure, comme c'est le cas dans des zones de la région proche de la centrale de Fukushima. Pourtant les autorités japonaises (qui irritent de + en + les "japonais-moyens") veulent ramener des populations sur place, et pratiquent le "permanent denial" comme on le dit en anglais.

Les conférences de presse de Tepco sont des monuments de mensonge institutionnalisé. Tout le monde le dit, mais le premier ministre Mr. Noda n'en a cure. Son parti, le PDJ, a tronqué la révision et le ré examen des centrales du Manifesto en 2009. Mais avec RTL nous suivons assez régulièrement depuis le 11 mars 2011 l'information sur le séisme et le tsunami, sur Fukushima comme les 10 et 11 mars 2012. Je précise que j'étais ce 11 mars 2011 un des rares sinon le seul journaliste français en direct avec la France depuis le début de la triple catastrophe car mon portable avait réussi "a passer" le mur imposé par les telecom nippones... Ensuite, je suis resté et ai travaillé au Japon depuis Tokyo ou le nord, pendant toute la période des explosions des réacteurs nucléaires de Fukushima et ai enquêté dans le Tohoku.

Quoi qu'il en soit, j'ai reçu le témoignage de personnalités japonaises et étrangères, françaises aussi, des médias et de la politique, et pas des moindres, nous implorant de témoigner, d'enquêter et de dire la vérité sur la situation au Japon. Donc, je dois en être a mon 150e ou 160e reportage sur le suivi du 11 mars 2011! Il y en aura pour des années. Tchernobyl, c'est le futur de Fukushima, peut-être pire a cause de la population japonaise agglutinée aux alentours, le Japon ce sont des îles, étroites recouvertes a 70% de vallées et de montagnes...

Mais le plus saisissant, et je l'ai dit en reportage ou en conférences, invité par des universités japonaises (Ritsumeikan APC), dans des "benkyou-kai" (groupes de recherches) ou par la Commission Européenne, le plus saisissant c'est le fait de la manipulation permanente de Tepco et de cette administration et de l' industrie japonaise du nucléaire unis en un " iron triangle" encore et toujours. Cette union sulfureuse qui joue sur les mots et les ambiguïtés alors que ce que l'on attend ce sont des faits. Tepco en ce sens me disait un ami japonais, c'est une secte comme le Japon en a créé, avec la secte d'Aum ou lors de la guerre avec les gouvernements militaires des années 30 40.

Danger a tous les échelons. La notion d'a peu près ou de mensonge de ces gens-la, leur réflexe de quasi enfant pris en flagrant délit de mensonges et d'irresponsabilité est hallucinante pour un esprit Cartésien. "Les japonais d'aujourd'hui ne sont plus ceux qui ont construit ou rebâti le Japon sous les Eres Meiji, Taisho, ou Showa" me déclarait récemment une japonaise très férue de politique et d'histoire. Dont acte! Je sais que les japonais de la rue eux vont tirer leurs conclusions de cette situation dangereuse pour le futur, pour les générations a venir. Cela semble devenir une obsession pour les japonais, savoir, et quand le Japon s'entête ou s'obsède sur une chose, cela fait craindre pour le futur.

Des politiciens de l'extrême droite japonaise ont commencé d'instrumentaliser la catastrophe du 3/11. Ishihara a Tokyo, Hashimoto a Osaka. D'autres encore. L'armée (Les JSDF) qui a repris du galon depuis les opérations de nettoyage du Tohoku se sent regonflée a bloc. Et avec cela, tous les nostalgiques du Japon d'avant guerre, avec ces puissances économiques sous terraines comme les fondations (Sasakawa par exemple) pour appuyer des politiques que nous réprouvons en France, toutes tendances confondues, sauf chez les gens du FN peut-être. Déséquilibre des japonais après une catastrophe qui a frappé le monde entier. Ils se sentent peinés, humiliés, blessés, et je crains leur réaction, je les sens nerveux, irrités, agressifs. En groupe les japonais deviennent bruyants et insensibles vis a vis des plus faibles. Que leur réserve l'avenir?

Même l'Empereur du Japon, Akihito est monté au créneau, lui-même, le 11 mars 2012, lors des cérémonies de commémoration un an après Fukushima en demandant de tout faire pour protéger les populations des contaminations et du danger des centrales nucléaire exposant la vie de millions de japonais désinformés. 80% sont contre le nucléaire, 16% en faveur, sondage du grand quotidien Tokyo Shimbun, et plus de la moitié des personnes sondées demandent une sortie progressive du nucléaire!

Vu du jardin, le Japon est enchanteur, mais ces arbres si bien coupés si bien ensemble, cette société déformée, docile, "bonzaiifiée" fait parfois peur. L'impression pour beaucoup de japonais est que l'archipel est malade depuis Fukushima comme il était malade depuis Hiroshima. Malade et impuissant car les hommes de 2012 ne sont pas ceux des années de guerre. La société est en quête de nouvelle direction, les marchands d'idées sont en panne, les camelots de tous horizons vendent leur prêt a penser idéologique. Le Japon s'interroge et adore être critiqué, il croit alors être jugé comme central, important et exister, mais au bout du compte, l'absence de réflexion collective n'égale que l'absence d'initiative individuelle. Le mal du Japon c'est son enfermement, son isolement. Ne rien voir ne rien dire ne rien entendre. On a vu ce que des années de négligence ont provoqué a Fukushima ou dans les régions victimes du tsunami. Le chaos! *

Ce sont les faits."

"Stay tuned!"


La couverture par RTL et RTL.fr du 3/11, la triple catastrophe au Japon du 11 mars 2011, séisme, tsunami, accident nucléaire de Fukushima.


* Blog updated 18th April 2012.

1 comment:

  1. Anonymous11:28 AM

    Le Japon est une nation démocratique, pourtant on se demande en t'écoutant. Continuez et puis courage. Il faut des tonnes de sujets comme ici.

    ReplyDelete

Be nice and informative when you post or comment.
Thank you to visit Asian Gazette Blog of Joel Legendre-Koizumi.